21.09.2009

Propos païens

Équinoxe d’automne.

 

C’est la période de l’année que je préfère. L’air chargé de parfums m’enchante. Plus les jours avancent jusqu’aux premiers froids, plus les effluves de terre humide, de feuilles mortes, s’enroulent les unes autour des autres pour composer un parfum sauvage. Demain c’est l’équinoxe d’automne. Moins flamboyant que le solstice d’été baigné dans la lumière, il nous mène doucement vers l’intérieur. L’intérieur de nos maisons avec le froid qui pointe le nez, mais notre intérieur aussi.

 

Mouvement de replis, instant de grâce entre soi et soi.

 

Le jour et la nuit, face à face, à égalité. Le Ying et le Yang réconciliés ? Hommes et femmes, face à face à égalité ou bien emboités l’un dans l’autre sous la couette pour faire face au froid qui vient ?

Avant d’être femme je suis homme, mais avant d’être homme j’ai été femme.

 

Le jour et la nuit, face à face, à égalité.  Inventer une autre mot pour humanité.

 

Le jour et la nuit, face à face, à égalité.  JE suis le début et la fin, signe parfait de l’infini faisant l’amour avec lui même. JE s’étend, s’étire, dans le jour qui culmine au midi. JE se détend, s’enroule, dans la nuit qui décline. Il est minuit.

 

Milieu du jour, face à face, à égalité avec le milieu de la nuit.

 

Milieu de la vie, face à face, à égalité entre la naissance et la mort.

 

Je meurs de devenir autre.

 

Je renais de cet autre inconnue, nouvelle mère sans nom.

 

Propos païens, chants oubliés, doucement le fleuve se tari.

JE suis l’automne. Juste là...à égalité.

Propos oubliés, chants païens,  vertige de tant de richesses.

 

Équinoxe d’automne, urgence de vivre, au printemps pleins de promesses se substitue l’automne plein de richesses, pour peu que l’été ait été vécu.

 

Je suis riche des mes jours de chaleur. Le froid ne m’habite pas encore.

 

Équinoxe d’automne.

25.06.2007

Éros et Thanatos

Pour toi Lhassa qui a accompagnée ton amie avec tant de générosité.

J'ai ouvert un petit calepin vert et j'y aie retrouvé un petit mot que j'ai écrit deux ou trois jours avant la mort de ma mère.

23 avril 1995 ...(déjà 12 ans).

" Je suis chez moi. Chaque geste anodin me rend heureuse. Je bois le confort de ma maison comme un bon vin. La lumière entre par toutes les fenêtres. Le chien court et fait du bruit avec sa balle. Mes fils vont arriver dans un instant. Ce sera un souper bruyant ou nous partagerons les joies et les peines de la journée. Je suis vivante. Je me sens bien, un peu coupable tout de même. J'ai laissé pour quelques heures mon père s'occuper seul de ma mère. Mais j'apaise ma culpabilité car je sais qu'il reste de longs jours à vivre, de courtes nuits. Je dois me ressourcer, boire à la vie pour mieux affronter la mort. Si je veux continuer à être forte, présente, je dois revenir faire le plein. Je me sens coupable mais je suis en paix avec ce sentiment.

J'ai besoin de la chaleur de mes enfants. J'ai besoin de la chaleur du corps de mon mari pour affronter le froid.

A distance de cet évènement, je me serais demander comment peut-on continuer de rire, de manger, de faire l'amour dans des circonstances semblables.

Aujourd'hui, je sais. Je sais que malgré la mort qui tourne autour de nous, la vie reste la plus forte. J'ai mal, j'ai peur, mais je suis vivante.

Aujourd'hui, je sais. Je sais que malgré la mort qui tourne autour de nous, la vie reste la plus forte. J'ai mal, j'ai peur, mais je suis vivante. Aujourd'hui, je sais que l'on ne sait jamais. Que l'on ne peut prévoir d'une journée à l'autre nos émotions, nos réactions. Il faut simplement les prendre unes à unes lorsqu'elles se présentent et les vivre.

Ce matin j'ai vécu la peine, la souffrance et la douleur. L'inquiétude est mon lot, ma toile de fond. Mais malgré tout cet après midi j'ai vécu l'amour. Ce soir, je suis sereine. " 

12 ans sont passés. 12 ans qui ont fait de moi, une femme. 12 ans qui ont changé le visage de ma vie de bien des façons.  Mes fils ont grandi. Cet amour n’est plus. D’autres sont venus. Mais jamais je n’ai oublié cet après midi que j’avais passé à faire l’amour avec mon mari, alors que ma mère marchait vers la mort.  Jamais je n’ai oublié comment moralement j’étais partagée, entre la culpabilité et le désir.  Jamais je n’ai oublié que cela a été l’un des instants importants de ma vie. Un instant ou l’on saisi quelque chose au vol.  Ce jour là j’ai compris dans ma chair,  que l’on porte la mort et  la vie en même temps. 

Qu’Éros et Thanatos font partie de chacun de nos instants.

Que contre la mort, nous n’avons qu’une arme, l’amour.

Bonne route ma belle.

Jeanne xxx

13.02.2007

Tempête de neige

J’aime les tempêtes. Quand la nature se déchaîne. Bien sur c’est la faute d’un homme, comme chacun des battements de mon cœur. C’est la faute de mon père qui me les a appris.

Il faut sentir la fébrilité, juste avant…quand quelque chose d’indéfinissable sent…odorat…ozone en été…je ne sais quoi en hiver…

Le vent…il faut sentir le vent et surtout l’écouter… Celui qui vient du nord, parfum de banquise… J’aime le bruit de la tempête… La neige qui efface la vie comme une gomme.

Page blanche…aime moi.. Page blanche…écris moi .. Je te donnerai un pinceau et de l’encre noire pour que tu graves ton nom sur ma peau. Je te donnerai une plume à la pointe acérée pour y faire naître une fleur de sang. 

J’aime les tempêtes. J’aime être blotti quelque part au chaud et les regarder passer.

Mais j’aime aussi …m’y  glisser. Habillée comme une femme du désert, car la neige et le sable ne sont pas si différents, je sors dans le blanc.  Je marche le front baissé, obstiné, dans le vent.

Dans un tourbillon, je lève la tête. Les yeux aveuglés, le paysage familier que l’on ne connaît plus. Tout ce blanc, tout ce blanc…où l’on pourrait écrire ou peindre.

Un jour, il y a longtemps, j’ai vraiment failli me perdre dans une tempête, en motoneige. Plus de repère, impossible de savoir où était la maison, devant, derrière ?  La nuit qui tombe.  Mon fils derrière…si petit.

J’avoue que dans ce moment, j’ai trouvé un mot pour dieu, moi l’incroyante. Laisser moi ramener mon enfant… Une lueur…un instant entre deux bourrasques de vent… C’est là devant…

J’aime les tempêtes…demain, j’irai m’y promener…à pieds…et sans enfant 

30.09.2006

Un train peut en cacher un autre

medium_Loire_023_train.2.jpg

Ce que le coeur devient entre un endroit et un autre, entre une relation et une autre, entre une oeuvre et une autre, ce dont il s'allège avec les larmes et les rires, ce dont il s'enrichit avec chaque instant vécu...

Si j'étais un train, un soir trop fatiguée, peut être comme ces deux derniers, je m'arrêterais quelque part. Mais la vie est formidable car je n'ai rien d'un train et tout d'une femme.

Bonne nuit.

12.06.2006

Ce sentiment d'être ...

Le sourire de la Joconde, provenait-il de ce sentiment d'être ?  :-) (si la grande majorité des photos prises sur ce site sont de moi, celle là ne l'est pas évidemment) .

 

medium_joconde.jpg

"Quand le soir approchait je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute agitation la plongeait dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissaient quelques faibles et courtes réflexions sur l'instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m'offrait l'image ; mais bientôt ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité d'un mouvement continu qui me berçait".

Rêveries du promeneur solitaire de Jean Jacques Rousseau

Ce sentiment d’être.

Dis moi, ou tu vas ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas l’impression que je doive aller quelque part. Je dois réfléchir je n’ai pas cette impression là.

Ce sentiment d’être c’est celui que je sens quand j’écris. Comme si mon intellect se détachait de moi et que mes doigts et mes yeux donnaient vie à des signes sur cet écran. Ce sentiment d’être c’est celui que je sens quand devant la toile je me sens absorbée, prise, oublieuse de moi et totalement là à la fois.

Ce sentiment d’être c’est aussi celui qui m’habite dans le train quand je regarde défiler le paysage. Ce sentiment d’être comme si en vieillissant j’habitais les cellules de ma peau tout autant que celles de mon cerveau.

La vie n’a qu’une seule exigence, celle d’être vécue. La Passion n’est que cela, rien d’autre. J’essaie de ne pas confondre passion et désir. Les désirs sont de l’ordre de faire plaisir à mon ego. La passion est de l’ordre de l’exigence de vivre. Peut être que si parfois je confonds c’est que le désir permet de dépasser la peur et l’insécurité et ainsi d’atteindre cette exigence de vivre qu’est la passion. Mais je sais que la Passion existe en dehors du désir de quelque chose, du désir de quelqu’un. Je sais intuitivement que la Passion est le désir de vivre. Je ne sais pas encore bien l’exprimer mais je vais essayer de faire mieux la prochaine fois.

Je sais que la Passion existe en dehors du désir comme je sais que l’Amour existe en dehors de l’Amoureux.

Je commence à savoir dire ce que n’est pas la passion, ce qui tue la passion. L’insécurité est une voie royale vers la mort de la Passion.  Car la Passion passe par la confiance. Comment vivre cette exigence de vivre sans avoir confiance ? Il me semble que c’est impossible. L’insécurité réfrène l’exigence de vivre mais pas la peur. La peur n’est pas incompatible avec la Passion. Sentir la peur c’est être branché sur ce système d’alarme, c’est faire la part des dangers réels et de ceux que notre vécu ou notre imaginaire induisent. Sentir la peur c’est faire une sorte d’analyse du pourquoi du sentiment et agir en conséquence. La peur n’est pas ce qui immobilise.

L’insécurité immobilise.  Penserait-on à une louve qui ne sortirait plus de sa tanière parce que là, dans le noir, sous la terre, elle risquerait moins ? Penserait-on à cette louve qui se laisserait mourir de faim, ou se nourrirait le moins possible pour ne pas risquer ? La vie demande d’être vécue, c’est sa seule exigence, la plus grande des exigences.

Ce sentiment d’être…est à ce prix là.

Je vais tenter d’apprendre à l’exprimer.

 

Jeanne

 

07.06.2006

Plaisirs innocents

  1. medium_chapeau.jpg Un souffle de contentement, un frisson sur la peau, il y a de ces petits plaisirs innocents qu’il ne faut pas oublier de prendre le temps de vivre. Quels sont les vôtres ?

Marcher dans une ville endormie à l’aube

Découvrir un nouvel auteur qui vous ravit et savoir qu’il vous reste toute son œuvre à lire

Un café bien corsé

Les mets parfumés, épicés

Une vinaigrette inventée

De jolis sous vêtements

Un bain parfumé

Le silence

Des chants a capella

Essayer des chapeaux

Mordre dans une pomme en septembre

Des truffes aux piments

 

Le sourire d’un inconnu

Être attendue quelque part

Se déshabiller après une longue journée

Se glisser sous les draps

Le parfum du vent

Le reflet d’une flamme sur ma peau

Ton regard

 

La beauté d’un verre de vin

Le pain chaud

Ton baiser sur mon épaule

Ma main sur ta peau

Ton regard encore

 

L’eau froide d’une rivière

La chaleur des pierres au soleil

Tous les bruits de la forêt

Et ton regard

Rayon de soleil dans une clarière

Ton regard sur ma peau

Quels sont les vôtres ?

 

Jeanne