31.10.2006
Le cimetière
Peut-on invoquer le hasard quand une sorcière se balade dans un cimetière un soir de Samain ? Assurément, on peut toujours invoquer le hasard, ce grand chaudron où l’on a bien envie de mettre tout ce qui est irrationnel. Il suffit en fait de remonter le temps jusqu’au moment où le rationnel a relâché son attention.
Jeanne cette petite sorcière de pacotille essayait de trouver le sommeil dans son lit. Mais chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle entendait une voix. Ce n’était pas un message clair et elle s’empressait de les ouvrir pour chasser cette impression d’appel qui la troublait. Ouvrir les yeux, sortir de son lit, aller boire un verre d’eau, tous les échappatoires à la nuit, y étaient passés. Mais la voix était tenace et sans visage, elle dansait derrière ses paupières.
Jeanne se leva, ouvrit les rideaux, le ciel était clair, la lune haute déjà. Minuit était passé depuis quelques heures. C’est à ce moment qu’elle décida qu’un grand bol d’air frais était un excellent moyen de chasser la voix inopportune.
C’est toujours un plaisir de marcher dans la nuit. Un plaisir teinté de crainte quand on est une femme. Pourtant passé le premier frisson, c’est un plaisir réel. Il y a dans le geste d’errer la nuit, un puissant stimulant pour l’imaginaire. Tous les contours du connu prennent un flou qui laisse place à d’autres images. Les parfums de la nuit sont différents de ceux du jour et Jeanne les respirait comme on s’enivre.
Elle marchait dans sa rue sans diriger ses pas. Est-ce là que le hasard s’est inséré ? C’était peut être l’inconscient. Elle suivait ses pensées en longeant les immeubles désertés. Elle remarquait ici et là une fenêtre encore éclairée, s’inventait un insomniaque en train de lire ou de faire les cent pas dans son appartement.
Tout pouvait être inventé, la nuit était une page noire encore vierge de son histoire. La nuit était une porte que Jeanne traversait sans crainte.
C’est à peine si elle se rendit compte que les murs de pierre, qu’elle caressait du bout des doigts en marchant, étaient ceux du cimetière. Naturellement, elle y entra. Bien sur, elle eut un frisson et songea aux âmes de tous ces défunts qui dormaient sous le sol. Si elles allaient sortir ? Mais elle sourit à elle-même. Son père lui avait apprit qu’il y a plus à craindre des vivants que des morts.
La lune était haute et brillante. Aucun vent n’agitait les feuilles déjà sèches mais encore attachées à leur arbre comme de vieilles amoureuses. La nuit était silencieuse. Devant Jeanne il y avait un banc, placé là au milieu des tombes, comme s’il était normal que les vivants aient ce désir de s’arrêter là un instant.
Jeanne s’assit sur le banc, au milieu du silence de la nuit.
Rien ne bougeait autour, c’était un grand calme. Jeanne se disait en riant, que contrairement à tous les contes et légendes, les cimetières étaient de lieux très calmes où il ne se passait jamais rien. Même la voix qui l'avait tenue éveillée avait disparue.
La rue était aussi déserte quand elle ressortit du cimetière. C’est vrai que Québec est une ville tranquille, alors, un mardi soir au milieu de la nuit …
Elle retourna chez elle d’un pas juste assez rapide pour se réchauffer un peu. C’est quand elle mit la main sur la porte lourde de son immeuble qu’elle entendit la voix : « Vous habitez ici ? » Sans attendre de réponse, il tenait la porte ouverte. Elle s’y avança et il la suivit. « Moi aussi depuis deux semaines »
C’était donc lui qui avait emménagé dans ce grand barda de portes ouvertes qu’elle avait fuit l’autre après-midi. « Oui j’habite ici » dit-elle, montrant sa porte d’un signe de la tête en sortant sa clé.
« Vous vous baladez souvent au milieu de la nuit comme ça ? Mais je suis indiscret, excusez moi. »
C’est peut être ici que le hasard entra, par ce geste irrationnel que nous cherchons depuis le début de cette histoire.
Jeanne lui sourit, en lui tendant la main. « Je m’appelle Jeanne et vous ? »
Il prit sa main si délicatement qu’elle eut l’impression qu’il la cueillait. « Moi c’est Sammaël, mais appelez moi Sam. Enchanté de vous connaître Jeanne »
Jeanne ouvrit la porte de son appartement, lui fit un dernier sourire. « Au plaisir de vous revoir Sam »
« Bonne nuit Jeanne »
« Bonne nuit Sam »
Jeanne cette petite sorcière de pacotille essayait de trouver le sommeil dans son lit. Mais chaque fois qu’elle fermait les yeux, elle entendait une voix …
« Bonne nuit Jeanne, bonne nuit Jeanne…. »
15:49 Publié dans Un coeur de sorcière | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : cimetière, sorcière, nouvelle, diable, plaisir, nuit
08.07.2006
Festival d'été de Québec
Tous les ans, pendant 10 jours, Québec se transforme en une immense fête. J’adore le Festival d’été. J’ai une préférence marquée pour la petite scène du Carré d’Youville où des groupes de musiciens du monde entier viennent faire danser, rire ou pleurer les québécois. Il se tisse parfois des moments magiques où l’émotion monte de la foule. J’y aie déjà entendu un silence fabuleux pour permettre une performance a capella sans micro, comme si pour une fois, on avait vu l’ange passé.
Hier c’était mon premier soir de festival. Bain de foule, par ce magnifique soir d’été, j’ai retrouvé la magie intacte. Entre la lecture de poésie, une première, la voix de Vigneault, mais surtout les incontournables africains qui étaient au Carré d’Youville, j’ai reconnu ce moment de l’année qui me plaît tant.
Au pied du Capitol, les gens qui dansent et qui chantent cette poésie simple. « Le soir dans mon lit, je pense à toi, le matin, je pense à toi, je t’aime, ne m’abandonne pas. » Si simple…
04:05 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : festival, musique, africains, plaisir, danse, été, québec
12.06.2006
Ce sentiment d'être ...
Le sourire de la Joconde, provenait-il de ce sentiment d'être ? :-) (si la grande majorité des photos prises sur ce site sont de moi, celle là ne l'est pas évidemment) .
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"Quand le soir approchait je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute agitation la plongeait dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissaient quelques faibles et courtes réflexions sur l'instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m'offrait l'image ; mais bientôt ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité d'un mouvement continu qui me berçait".
Rêveries du promeneur solitaire de Jean Jacques Rousseau
Ce sentiment d’être.
Dis moi, ou tu vas ?
Je ne sais pas. Je n’ai pas l’impression que je doive aller quelque part. Je dois réfléchir je n’ai pas cette impression là.
Ce sentiment d’être c’est celui que je sens quand j’écris. Comme si mon intellect se détachait de moi et que mes doigts et mes yeux donnaient vie à des signes sur cet écran. Ce sentiment d’être c’est celui que je sens quand devant la toile je me sens absorbée, prise, oublieuse de moi et totalement là à la fois.
Ce sentiment d’être c’est aussi celui qui m’habite dans le train quand je regarde défiler le paysage. Ce sentiment d’être comme si en vieillissant j’habitais les cellules de ma peau tout autant que celles de mon cerveau.
La vie n’a qu’une seule exigence, celle d’être vécue. La Passion n’est que cela, rien d’autre. J’essaie de ne pas confondre passion et désir. Les désirs sont de l’ordre de faire plaisir à mon ego. La passion est de l’ordre de l’exigence de vivre. Peut être que si parfois je confonds c’est que le désir permet de dépasser la peur et l’insécurité et ainsi d’atteindre cette exigence de vivre qu’est la passion. Mais je sais que la Passion existe en dehors du désir de quelque chose, du désir de quelqu’un. Je sais intuitivement que la Passion est le désir de vivre. Je ne sais pas encore bien l’exprimer mais je vais essayer de faire mieux la prochaine fois.
Je sais que la Passion existe en dehors du désir comme je sais que l’Amour existe en dehors de l’Amoureux.
Je commence à savoir dire ce que n’est pas la passion, ce qui tue la passion. L’insécurité est une voie royale vers la mort de la Passion. Car la Passion passe par la confiance. Comment vivre cette exigence de vivre sans avoir confiance ? Il me semble que c’est impossible. L’insécurité réfrène l’exigence de vivre mais pas la peur. La peur n’est pas incompatible avec la Passion. Sentir la peur c’est être branché sur ce système d’alarme, c’est faire la part des dangers réels et de ceux que notre vécu ou notre imaginaire induisent. Sentir la peur c’est faire une sorte d’analyse du pourquoi du sentiment et agir en conséquence. La peur n’est pas ce qui immobilise.
L’insécurité immobilise. Penserait-on à une louve qui ne sortirait plus de sa tanière parce que là, dans le noir, sous la terre, elle risquerait moins ? Penserait-on à cette louve qui se laisserait mourir de faim, ou se nourrirait le moins possible pour ne pas risquer ? La vie demande d’être vécue, c’est sa seule exigence, la plus grande des exigences.
Ce sentiment d’être…est à ce prix là.
Je vais tenter d’apprendre à l’exprimer.
Jeanne
09:50 Publié dans fragments blancs | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : être, plaisir, vie, passion

