07.09.2008

Il faut parfois que la vie s'arrête...

Que la vie s'arrête pour lui donner un sens. Il faut parfois la sentir bien plus grande que soit, pour s'y sentir intégré. Il faut parfois suspendre sa respiration pour écouter les poumons du monde. Il faut parfois juste être là, comme un spectateur du monde autour ...

Puis faire le pas et entrer en scène. Vivre sa vie au rythme du ciel immense, vivre sa vie à chaque battement de coeur, vivre sa vie loin des pensées qui nous désincarnent, vivre sa vie dans la certitude impossible d'un nouveau jour à venir.

Vivre sa vie...

 

11.06.2008

Être là

Être là

   Mes voix se font moins pressantes. Il y a moins à dire. Les mots tombent dans le silence, s’y suicident par insouciance. 

Marcher dans le matin, en faire partie. Mêler mes pas au bruit du balai mécanique. Mêler mon parfum à celui du pain. Faire partie.

 

Mes neurones se taisent. Mes sens s’éveillent. Ils s’étirent en tout sens. Suivant la piste d’un frisson, celle d’une odeur d’été.

 

J’ai moins à dire et tant à faire. Fi de la séduction, toute entière dans la rencontre. Celle du passant, de la vieille dame à l’épicerie, du touriste dans le port de ma ville

 

Je suis le monastère de mon silence. Il habite sans cesse un coin de mon bruit.  Je sais maintenant qu’il est un abri. Je lui fais confiance. Je le quitte et je marche sur la route à la rencontre de l’autre. Rencontre de l’amitié, de l’empathie, de l’altérité. Car je sais qu’il est là, dans ce coin de moi, ce silence que je peux habiter.

  Je ne suis plus une personnalité, je suis personne. Ma vie n’a rien de personnel, elle est humanité, communauté de gènes et d’atomes, de peurs et d’amour. 

Je suis là …

07.02.2008

Liberté ? !

Dans la suite des correspondances à partager

Chère toi
Après Beauvoir et Sartre, après l'humilité, nous voici confronté à la liberté ! Décidément nous ne nous épargnons rien :-)
La liberté est ce qu'il y a de plus difficile à vivre. Sans obligation de toutes sortes, passant de l'obligation sociale à l'obligation religieuse, l'humain (peu importe son sexe) est livré à lui même. Il doit à chaque instant de sa vie, assumer.
Assumer !
Si on est libre, on est responsable.
Je pourrais parler pendant des jours, des heures, de cette sacro sainte liberté qui est aussi courage et solitude.  Et mesure...
Voilà un autre mot piège...où est la mesure... La liberté de s'attacher... S'attacher à l'autre, s'attacher à une vision de la vie, s'attacher à une religion, s'attacher à ...
Liberté, attachement, responsabilité.... que des mots en fait !!!
Tout ce qui tend à arrêter le perpétuel mouvement de la vie ...est l'envers de la liberté. Donc la liberté c'est d'en avoir aucune et de suivre le mouvement...???
Je ne sais pas...Liberté, .... pierre d'achoppement...là où tous les paradoxes se rencontrent.
Que n'a t'on pas dit sur la liberté ..? Mais comment la définir autrement qu'un niveau à la fois ? Liberté de mouvement ? Liberté de culte ? Liberté amoureuse ? Liberté de penser ? 
Étonnant comme cela devient plus facile quand on y ajoute quelques mots !
Liberté mon amour...
Je suis la plus libre des femmes que je connaisse. J'en connais peu je l'admets. Libre de ma vie, libre d'aller et venir, libre de penser ceci ou cela et de changer d'idée (je ne m'en suis jamais privée) Libre d'être volage et sérieuse à la fois, libre d'être habitée par toutes mes contradictions ... Libre de ceci ou de cela... Pourtant j'habite encore tant de prisons.
Prisonnière de ma pensée, prisonnière de mes sens, de mes hormones, de mon énergie vitale, de mes désirs (et merde !) de mes dégouts, de mon enfance, de mes amours brisés, de mes amours heureux, de mes amitiés même parfois... Prisonnière de mes illusions ....
Liberté tu dis ???
Jeanne x

14.07.2007

Les clés

Ne sommes nous pas tous nos personnages ?

Même quand on nous a enlevé le droit de rêver, cet être sans rêve, terre à terre, brisé de quotidien et de chaînes lourdes à porter n'est il pas encore un personnage dont il suffit de s'affranchir pour savoir voler ?

Je porte à la ceinture un trousseau de clés. Elles ouvrent les portes de ma prison et parfois j'ai envie de le donner à un homme qu'il  en devienne le gardien. Comme la liberté est lourde à soulever, comme elle est étrange d’ivresse et de peur à la fois. Chanter sur tous les tons, par toutes les voix, combien de gestes faisons nous pour l’éviter ? Enferme-moi, attache-moi, ne me laisse pas errer dans encre sur l’océan de papier.

Mais quand la liberté flotte dans un courant chaud de vie, ou qu'elle se pose sur la banquise de mon pays, quand elle est ivre d'elle même, légère comme une robe d'été, belle comme un jour qui se lève, dramatique comme un soleil qui meurt, comment ne pas l’aimer ?

 Faut il toute une vie ? 60 ou plus encore d'années pour arriver à accepter d'être tous ses personnages. D'aimer la tendre autant que la passionnée qui nous habite, la méchante autant que la douce altruiste, faut il autant de jours et de nuits que notre peau puisse en supporter pour enfin se supporter soi même ?

 Peut être au dernier matin, ou sous la lune dans la dernière nuit, pourrais je dire...c'était Ma vie.

12.11.2006

"Que les jeunes filles...

qui persistent à vouloir étudier, le font au péril de leur vie. "  citation du téléjournal de ce soir à Radio Canada à propos des jeunes filles afghannes.

Je suis une femme libre. Libre d'étudier, de travailler, d'écrire, de peindre, de faire de la politique, d'aimer, de ne pas aimer, de faire l'amour mutuel et consentant, de voyager, de choisir ma vie.

Ailleurs dans le monde, il y a des femmes ....

Qui n'apprendront jamais à lire ou à écrire

Qui ne pourront jamais marcher seule dans la rue

Conduire leur voiture

Choisir un compagnon de vie

S'instruire

Voter

Choisir

Des femmes qui n'existent pas.

 

Pour elles ...

 Quand le sang ruisselle entre tes jambes, je sais ce que tu sens. Quand la tête de l'enfant y fait son passage, je sais les chairs écartelés qui donnent la vie. Quand il boit le ciel à même tes seins, je sais ce que tu ressens.

Derrière ce regard qui se pose sur l'enfant, derrière ses paupières, il y a le même regard que moi. Le même amour, la même vie, le même courant qui provient de la terre et traverse tes pieds. Le même pouvoir, celui qui donne la vie.

Mais la ressemblance s'arrête là.

Tu ne te perdras jamais un soir dans les lignes de Nancy Houston ou de Georges Sand. Tu ne suivras pas en souriant les aventures d'Anais Nin. Tu ne marcheras jamais dans un jour de soleil, le vent sur ta peau, te sachant belle, te sachant femme. Tu ne jouiras jamais du regard d'un homme sur ta beauté. Ce qui est pour moi bonheur, est pour toi malheur. Il suffit que l'un d'entre eux te remarque et tout peut arriver.

Toi, cette femme que je ne connais pas, mais dont je partage la peau, tu sais des violences que je ne sais pas. Pire on t'as dit qu'elles étaient de ta responsabilité, que c'était à toi de les éviter.

Parfois, ailleurs, sur cette terre que l'on dit nôtre, tu vois tes enfants mourir de faim, impuissante. Les seigneurs de ce monde s'affrontent c'est toi qui paie.

On te vends

T'échange

Te loue

Te marie

Te fait des enfants

Te bats

Te viole

Te tue.

Et moi, pour toi,  je ne sais que pleurer...

 

" Au moins une femme sur trois dans le monde a été battue, forcée d’avoir des rapports sexuels ou brutalisée d’une autre manière au cours de sa vie. Elle connaît généralement l’auteur de ces sévices.En 2002, le Conseil de l’Europe a déclaré que la violence contre les femmes était un problème prioritaire de santé publique et une cause principale de décès et de handicap pour les femmes entre 16 et 44 ans"   plus que le cancer.... 

en savoir plus  http://www.un.org/french/events/tenstories/story.asp?stor...

 

 

29.06.2006

Etre le désir de l'autre

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Etre le désir de l’autre.

 

 

Ma mère, dieu ait son âme, me voulait belle. Elle me voulait belle et sage. Elle m’admirait et m’enviait. Elle enviait ma liberté, ma rébellion quotidienne,  qui comme on le sait, ne sied pas à une femme. Elle et moi on s’aimait de ce lien du sang, lien de la peau, lien du ventre, qui nous lie profondément à celle qui nous a donné la vie.

 

C’est avec elle que j’ai appris la douleur de décevoir.

 

Décevoir.

 

Ne pas être le désir de l’autre. Ne pas être conforme à ce que l’on attend de nous.

 

Rebelle. Il y avait dans notre rapport toute la dualité qu’il y a souvent dans les rapports de couple. J’étais à la fois, plus et moins que ce qu’elle voulait. Si elle me lisait ce matin, elle dirait qu’elle m’aimait comme j’étais, comme je suis. Moi j’ajouterais en souriant, à condition que je veule bien être un peu ce qu’elle attendait de moi.

Curieusement je n’ai jamais senti que je décevais mon père. Avait-il moins d’attentes ? Ou aies-je réussi à être ce qu’il désirait ? J’étais le fils de mon père qu’il appelait Fille. Pendant les 20 premières années de ma vie, je l’ai suivi partout en forêt. Examinant ensemble le moindre insecte, levant les yeux au ciel au moindre nuage, il m’a tout appris d’être libre, d’être seul ou seule. Sans le vouloir, sans le savoir. Je me souviens d’une nuit en forêt, il me disait que j’avais plus à craindre des hommes que des loups. Il me parlait dans le noir, en marchant et m’expliquait que si je respectais certaines choses, je ne risquais rien dans ce noir qui m’effrayait tant et que j’y étais plus à l’abri que sous les lumières de la ville.

 

Ma mère était femme de clan, mon père loup solitaire, entre les deux je ne pouvais que décevoir l’un ou l’autre. Pour être moi, je ne pouvais que décevoir l’un et l’autre.

 

Etre le désir de l’autre et décevoir.

 

Parle moins fort

Baisse les yeux

Ne gigote pas comme ça

Est-ce que je pourrais te saisir un instant

Je voudrais que tu comprennes

Écrire n’est pas important

Passe la balayeuse

Tu perds ton temps

Cesse de rêver

Assied toi mieux que ça

Touche moi

Ne me touche pas

Baisse les yeux

Tu peindras quand t’auras le temps

Mange

Dors

Va travailler

Ne me regarde pas comme ça

Tiens toi le dos droit

Souris je n’aime pas quand tu es triste

Ne pleure pas ou je m’en vais

Choisis

Décide toi

Baisse les yeux

Ne sors pas la nuit

N’aime pas n’importe qui

Ne sois pas naïve

Ne mange pas avec tes doigts

Sois toi et parle moins fort

 

Jeanne

27.06.2006

Ou presque ...

medium_aller-vers_nB.jpgPeut être que la liberté profonde c’est d’assumer la solitude inhérente à l’être incarné. Seul dans sa peau, seul sous sa peau, barrière infranchissable ou presque…

 

Se laisser pénétrer jusqu’à l’âme

S’ouvrir,

Mieux,

S’offrir

La douleur de s’ouvrir, le bonheur de s’ouvrir

Ne comprends-tu pas ?

 

Se laisser pénétrer jusqu’au cœur

S’offrir,

Mieux,

Se donner

La peur de s’offrir, l’intensité de l’attente, du voir venir

Anne ma sœur, ne vois tu rien venir ?

Ne vois tu pas ?

Ne sais-tu pas ?

Se laisser pénétrer jusqu’aux pensées

Se donner,

Mieux,

Appartenir

L’impossibilité de se perdre pour qui s’est trouvé

Je sais que tu sais

 

Se reprendre, être soi, s’appartenir

Seule,

Mieux,

Lucide

Bonheur et souffrance  de la liberté

Bonheur et souffrance de la solitude

Inhérente, inhérente, incontournable lucidité

Incontournable solitude

Incommunicable beauté

De vivre

D’aimer

D’aimer vivre

Incontournable lucidité

Seuls sous notre peau

Et le droit, la possibilité, la chance inouïe

De faire comme si…

Comme si tes yeux étaient les miens

Comme si ce que j’y vois c’était moi

Comme si mes yeux ouvraient le chemin

Comme si mes mains savaient le tien

 

Se laisser pénétrer jusqu’à l’âme

S’ouvrir,

Mieux,

S’offrir

 

Briser l’inhérence un instant…

Jeanne