24.08.2008

Lecture et évocation

Évocation

« Puis un jour, j’ai lu quelque part cette histoire extraordinaire et bien réelle de la découverte, sur les rives du lac Turkana, au Kenya, d’un fossile humain vieux de presque deux millions d’années. J’ai été étrangement happé par ce récit. Je songeais avec insistance à cet être ayant vécu à une époque si inconcevablement reculée. Mais il me semblait que l’éloignement dans le temps ne me séparait pas autant de lui qu’on l’aurait cru. Quelque chose nous liait, lui et moi. Quoi au juste ? … » La Fabrication de l’aube Jean-François Beauchemin

J’aurais pu citer n’importe quelle phrase au hasard de ce merveilleux livre. Partir de la mort pour dire la vie, voilà le chemin que l’auteur emprunte d’un pas tantôt hésitant, tantôt assuré. Pourquoi aie je choisi celle là ? Parce que du fond de ma mémoire elle a éveillé un souvenir.

C’était il y a quelques années, le Musée de la civilisation présentait une collection égyptienne. Parmi les artéfacts, une momie à demie démaillotée était posée dans un lit de verre pour l’éternité.  La peau de son visage était simplement posée sur les os. Le temps avait mangé la chair mais l’humanité était intacte.  J’étais là devant, bouche bée, perdue dans ce regard aveugle. Perdue au point de ne plus voir, de ne plus entendre ce qui se passait autour de moi.

L’espace d’un instant le temps s’est aboli et l’immensité de jours qui nous séparaient elle et moi s’est enroulée sur elle-même. Nous étions de la même chair, disparue ou présente, de la même famille.

Comme provenant d’un autre monde, le bruit des voix autour de moi a recommencé à m’atteindre du lointain au plus proche. La rencontre avait été si intense, si palpable, qu’il m’est apparue indispensable de quitter le lieu pour apporter la magie dans mon ventre.

J’ai souvent repensé à cette inconnue d’une autre civilisation. Un prêtre posant des gestes rituels, l’avait préparé pour un long  voyage à travers l’éternité.  L’image de mes  yeux se posant sur les siens ne l’avait même pas effleurée, et pourtant l’espace temps s’était bousculé pour elle et moi.  « Quelque chose nous liait, elle et moi. Quoi au juste ? »

A lire absolument  … : «  La fabrication de l’aube » Jean- François Beauchemin »