01.12.2008
Kaléidoscope

Quand j'étais enfant rien ne me séduisait autant que mon vieux kaléidoscope. Un tube de carton, des cristaux bleus jaunes et rouges. Je m’en fabriquais un nouveau chaque mois.
Hier j’ai refait l’expérience. J’ai pris un long tube de carton vestige d’un Noël passé. Je me suis couchée sur le dos dans mon lit et j’ai commencé à y mettre quelques souvenirs, des lectures assommantes ou rigolotes, la voix de ma mère et celle de mon père. Il lui fallait aussi de la musique en quantité importante, des rêves et là j’ai vraiment osé. Un brin de tempérament, quelques névroses et pour mettre du piquant une petite psychose. Je le tournais dans ma main gauche, comme ça le nez au plafond, l’œil attentif. Il manquait de poids alors j’y ai mis des responsabilités. Un résumé en 100 mots découpés des informations des dix dernières années me sembla bien à propos. Les sermons du curé de mon enfance pour ne pas tout oublier. Puis je me suis dit qu’il était trop personnalisé et que je me devais de regarder un peu les autres, voisins, collègues et amis y sont passés. J’ai placé une petite rondelle percée d'une fenêtre à un demi-pouce de mes ingrédients bien pressés les uns sur les autres.
L’enfance était là, à portée de la main.
Kaléidoscope de mon enfance, images impérissables parce qu’insaisissables. Je les regardais pendant des heures faisant tourner l’objet le plus doucement possible. Mais le vrai jeu consistait à essayer de recréer la même image deux fois. Je n’y suis jamais arrivé. Des carrés rouges et bleus, des cercles verts et jaunes qui faisaient naître chaque fois un nouveau dessin, chaque fois un nouvel être. Jamais la somme de ses parties n’a constitué une image permanente et précise peu importe la douceur que je mettais à essayer. Jamais la somme de mes parties ne sera ce que je suis, insaisissable et vivante.
Ce texte a quelques années mais le kaléidoscope repose toujours sur ma table de nuit. Ces jours derniers, j'essaie d'archiver des dizaines de textes. J'en relis des brides ici et là ...comme un kaléidoscope de mots. Il faudrait faire l'expérience de prendre une phrase dans chacun d'eux ou disons dans un certain nombre et juste les enfiler une à une derrière l'autre comme des perles...pour le plaisir de l'impression.
23:01 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (7) | Envoyer cette note | Tags : image, photo, collage, impresion
04.03.2008
Pauvre sexualité !
« Ce n'est pas le sexe qui s'exhibe aujourd'hui, explique Bernard Arcand, mais bien la séduction. On dit à ceux qui nous entourent “regardez-moi”, et c'est précisément cela qui caractérise notre époque : le soi, qui exige constamment d'être le centre d'intérêt.» (article complet au http://www.ellequebec.com/Societe/societe/le-sexe-est-par... )
Après des siècles d’oppression officielle de la part des églises de tout acabit (ici au Québec), nous n’avons rien fait de mieux que de transformer notre sexualité en marchandise. Il faut d’abord distinguer la sexualité publique et la sexualité privée de chacun. Ici bien sûr, je parle de l’image de la sexualité publique. De celle qui s’étale dans les revues, au cinéma, à la télévision et bien sûr sur internet. Mais est-elle seulement publique cette image ? N’interfère-t-elle pas puissamment dans votre lit ? Facile de dire que l’on est libre. Comme certains de nos grands parents l’étaient, car je suis convaincue que certains couples exceptionnels avaient une sexualité épanouie malgré tous les interdits de monseigneur. Il ne faut pas croire que l’orgasme féminin ait été inventé au début du siècle, ni les performances masculines, ni la sensualité, ni la communication d’une peau à une autre, ni la passion….ni ..ni.
Mais pour un de ces couples qui vivaient leur sexualité bien cachée à l’abri des qu’en-dira-t-on combien de gens ont vécu des sexualités étriquées, coupables, malheureuses ou carrément inexistantes ?
C’était l’âme ou le corps…
C’est encore le corps ou l’âme. Car cette image, qui s’exhibe, qui exige que la sexualité se vive d’une façon tout aussi normative (puisque maintenant elle suit des modes) que les interdits l’exigeaient, divise, autant qu’hier, l’esprit du corps.
Pourquoi la liberté que nous avons cru prendre avec notre vie sexuelle s’est-elle transformée en obligation de performances physiques, en consommation de toutes sortes ? Performances qui s’expriment autant sur le nombre que sur l’intensité (mesurable ? apparente ? ) Déjà les jeunes hommes ont recours au Viagra pour « faire sûr » comme disent les anglophones. Le Viagra pour les femmes est en expérimentation, qu’elles en éprouvent ou non le besoin n’est même pas une question qui se pose. Les compagnies pharmaceutiques ont décidé que les femmes en avaient besoin.
Performances physiques, mais aussi tyrannie de l’apparence, car la sexualité actuelle s’exprime dans des normes de plus en plus rigides. Il y a ceux et celles qui l’ont et ceux et celles qui ne l’ont pas. De fonction « naturelle », la sexualité est devenue un signe de réussite, de pouvoir.
Et si on passait à côté …
Et si on parlait de communication…
Il reste des gens libres, qui ne songent pas à adopter les valeurs de la société marchande, pas plus qu’ils ne songeaient à adopter celles d’une autre religion. Il reste des gens pour qui la sexualité est toute autre chose…et je ne parle pas ici de celle promue par un mouvement « moral » quel qu’il soit. Je parle de sexualité comme célébration de la vie, comme contact intime et entier avec l’autre, de la sexualité sans chemin balisé. Celle que deux humains ouverts et libres d’esprit peuvent partager.
Je crois qu’elle a toujours existé, du temps des déesses à aujourd’hui. Je crois qu’elle existe toujours, mais qu’elle est aussi rare dans ce monde dit « libre » que dans celui des répressions.
Elle exige peut-être quelque chose que nous ne nous accordons plus…du temps…mais ce serait un autre billet.
11:55 Publié dans Fragments rouges | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : sexualité, image, tyranie, communication

