03.12.2008
Lettre à Sancho
Lettre à Sancho
Chemin du moulin
Où que tu sois…
Adolescente rebelle, je coiffais le bol à salade renversé plus souvent qu'à mon tour. Rossinante sous ma fenêtre emportait mes rêves le dos creusé de tant de poids. J’étais celle avec qui on voulait partir à la guerre. Combien de blessures as-tu pansées Sancho ? Amoureux d’une Don Quichotte que tu ne pouvais approcher que dans tes rêves. Même ces rêves te trahissaient, changeant la princesse en écuyer, les seuls que tu savais aimer.
Fidèle ami que j’ai tant martyrisé où es-tu aujourd’hui ?
Rappelle toi Sancho, ces nuits blanches que j’allais passer dans tes bras, laissant mari, famille et enfants, pour me faire bercer quelques instants. Mais c’est vers eux que je retournais en armes et armures, ce sont leurs rêves que je défendais, leur vie que j’imaginais, et surtout, ses nuits, à lui, que j’inventais. Je le voyais comme un géant.
Dona Quichotte faisait la guerre, aux fantômes de l’ennui, à la prison de la routine, à tous les esprits frappeurs de la nuit. Sancho, souviens toi, comme j’inventais des histoires tristes, ou heureuses et même parfois à faire frémir pour les garder vivants. Pour lui, c’était la vie et toute femme amoureuse se devait d'en faire autant. De Don Quichotte je redevenais Ginette ou Francine et la banalité faisait son lit dans mon lit.
Je remontais à cheval, tu pansais mes peines, ouvrant les tiennes, furieux de me voir blesser par un moulin à vent, tu te taisais. Tu t’es tellement tu, que je ne sais plus où tu es aujourd’hui. Sancho, mon ami…
Lasse, épuisée, j’ai continué un temps. Mais le temps de mes rêves était écoulé. Pour ne pas me voir agoniser, je suis partie. Laissant derrière moi Rossinante et les moulins à vent. Les géants n’existaient pas, il n’y avait plus de Dulcinée. Don Quichotte mourait.
Ainsi passait le temps. Un jour, une nuit plutôt, du haut d’un gratte-ciel, dominant la ville, j’ai cru. On aurait dit un moulin, avec de grandes ailes. Un instant…juste un..j’ai entendu hennir Rossinante. Mais les ailes étaient cassées. Quand elles tournaient, elles m’entraînaient avec elles, vers le sol. Nous nous sommes écrasés.
Déjà que je t’avais perdu. Que pouvais-je faire Sancho ? Dis moi, que pouvais-je faire sans tes bras amis, sans les yeux de Dulcinée ? J’ai renoncé. Rossinante s’est tu.
Et toi Sancho, as-tu trouvé ton ami, as-tu accepté d’aimer celui qui ne pourra jamais être celle ? Je ne sais pas, je ne saurai jamais je crois.
On continue à vivre, tu sais Sancho, on n’en meurt pas. Et c’est bien là le drame, sans moulin à vent, sans géant, sans Rossinante, sans Dulcinée et même sans toi, j’ai continué à vivre. Et toi sans moi ...
Pourtant, c’est toujours vers toi que je me tourne Sancho, quand s’agite en moi le ressac. Toujours à toi que je raconte, ma tristesse et mes joies. Que la vie nous ait fait femme et homme il faut en rire, qu’elle nous aurait fait femme et femme ou homme et homme et tu serais encore là, à mes côtés. Mais quelle dérision qu’elle nous ait fait maître et valet, toi le confident amoureux de l’inaccessible féminité.
Pourtant tu vois, je ne t’ai pas oublié.
Sancho, mon ami, où que tu sois, je te sens dans le vent. Si jamais un soir d’hiver tu entendais hennir Rossinante, lève les yeux, fais moi signe, que l’on reprenne nos errances.
21:07 Publié dans Sorcière à plume | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : don quichotte, littérature, sancho, lettre
20.04.2008
Le personnage...
17:22 Publié dans Sorcière à plume | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Toile, Roman, Don Quichotte, errances...


