11.06.2008

Être là

Être là

   Mes voix se font moins pressantes. Il y a moins à dire. Les mots tombent dans le silence, s’y suicident par insouciance. 

Marcher dans le matin, en faire partie. Mêler mes pas au bruit du balai mécanique. Mêler mon parfum à celui du pain. Faire partie.

 

Mes neurones se taisent. Mes sens s’éveillent. Ils s’étirent en tout sens. Suivant la piste d’un frisson, celle d’une odeur d’été.

 

J’ai moins à dire et tant à faire. Fi de la séduction, toute entière dans la rencontre. Celle du passant, de la vieille dame à l’épicerie, du touriste dans le port de ma ville

 

Je suis le monastère de mon silence. Il habite sans cesse un coin de mon bruit.  Je sais maintenant qu’il est un abri. Je lui fais confiance. Je le quitte et je marche sur la route à la rencontre de l’autre. Rencontre de l’amitié, de l’empathie, de l’altérité. Car je sais qu’il est là, dans ce coin de moi, ce silence que je peux habiter.

  Je ne suis plus une personnalité, je suis personne. Ma vie n’a rien de personnel, elle est humanité, communauté de gènes et d’atomes, de peurs et d’amour. 

Je suis là …

12.06.2006

Ce sentiment d'être ...

Le sourire de la Joconde, provenait-il de ce sentiment d'être ?  :-) (si la grande majorité des photos prises sur ce site sont de moi, celle là ne l'est pas évidemment) .

 

medium_joconde.jpg

"Quand le soir approchait je descendais des cimes de l'île et j'allais volontiers m'asseoir au bord du lac, sur la grève, dans quelque asile caché ; là le bruit des vagues et l'agitation de l'eau fixant mes sens et chassant de mon âme toute agitation la plongeait dans une rêverie délicieuse où la nuit me surprenait souvent sans que je m'en fusse aperçu. Le flux et le reflux de cette eau, son bruit renflé par intervalles, frappant sans relâche mon oreille et mes yeux, suppléaient aux mouvements internes que la rêverie éteignait en moi et suffisaient pour me faire sentir avec plaisir mon existence, sans prendre la peine de penser. De temps à autre naissaient quelques faibles et courtes réflexions sur l'instabilité des choses de ce monde dont la surface des eaux m'offrait l'image ; mais bientôt ces impressions légères s'effaçaient dans l'uniformité d'un mouvement continu qui me berçait".

Rêveries du promeneur solitaire de Jean Jacques Rousseau

Ce sentiment d’être.

Dis moi, ou tu vas ?

Je ne sais pas. Je n’ai pas l’impression que je doive aller quelque part. Je dois réfléchir je n’ai pas cette impression là.

Ce sentiment d’être c’est celui que je sens quand j’écris. Comme si mon intellect se détachait de moi et que mes doigts et mes yeux donnaient vie à des signes sur cet écran. Ce sentiment d’être c’est celui que je sens quand devant la toile je me sens absorbée, prise, oublieuse de moi et totalement là à la fois.

Ce sentiment d’être c’est aussi celui qui m’habite dans le train quand je regarde défiler le paysage. Ce sentiment d’être comme si en vieillissant j’habitais les cellules de ma peau tout autant que celles de mon cerveau.

La vie n’a qu’une seule exigence, celle d’être vécue. La Passion n’est que cela, rien d’autre. J’essaie de ne pas confondre passion et désir. Les désirs sont de l’ordre de faire plaisir à mon ego. La passion est de l’ordre de l’exigence de vivre. Peut être que si parfois je confonds c’est que le désir permet de dépasser la peur et l’insécurité et ainsi d’atteindre cette exigence de vivre qu’est la passion. Mais je sais que la Passion existe en dehors du désir de quelque chose, du désir de quelqu’un. Je sais intuitivement que la Passion est le désir de vivre. Je ne sais pas encore bien l’exprimer mais je vais essayer de faire mieux la prochaine fois.

Je sais que la Passion existe en dehors du désir comme je sais que l’Amour existe en dehors de l’Amoureux.

Je commence à savoir dire ce que n’est pas la passion, ce qui tue la passion. L’insécurité est une voie royale vers la mort de la Passion.  Car la Passion passe par la confiance. Comment vivre cette exigence de vivre sans avoir confiance ? Il me semble que c’est impossible. L’insécurité réfrène l’exigence de vivre mais pas la peur. La peur n’est pas incompatible avec la Passion. Sentir la peur c’est être branché sur ce système d’alarme, c’est faire la part des dangers réels et de ceux que notre vécu ou notre imaginaire induisent. Sentir la peur c’est faire une sorte d’analyse du pourquoi du sentiment et agir en conséquence. La peur n’est pas ce qui immobilise.

L’insécurité immobilise.  Penserait-on à une louve qui ne sortirait plus de sa tanière parce que là, dans le noir, sous la terre, elle risquerait moins ? Penserait-on à cette louve qui se laisserait mourir de faim, ou se nourrirait le moins possible pour ne pas risquer ? La vie demande d’être vécue, c’est sa seule exigence, la plus grande des exigences.

Ce sentiment d’être…est à ce prix là.

Je vais tenter d’apprendre à l’exprimer.

 

Jeanne