25.06.2007
Éros et Thanatos
Pour toi Lhassa qui a accompagnée ton amie avec tant de générosité.
J'ai ouvert un petit calepin vert et j'y aie retrouvé un petit mot que j'ai écrit deux ou trois jours avant la mort de ma mère.
23 avril 1995 ...(déjà 12 ans).
" Je suis chez moi. Chaque geste anodin me rend heureuse. Je bois le confort de ma maison comme un bon vin. La lumière entre par toutes les fenêtres. Le chien court et fait du bruit avec sa balle. Mes fils vont arriver dans un instant. Ce sera un souper bruyant ou nous partagerons les joies et les peines de la journée. Je suis vivante. Je me sens bien, un peu coupable tout de même. J'ai laissé pour quelques heures mon père s'occuper seul de ma mère. Mais j'apaise ma culpabilité car je sais qu'il reste de longs jours à vivre, de courtes nuits. Je dois me ressourcer, boire à la vie pour mieux affronter la mort. Si je veux continuer à être forte, présente, je dois revenir faire le plein. Je me sens coupable mais je suis en paix avec ce sentiment.
J'ai besoin de la chaleur de mes enfants. J'ai besoin de la chaleur du corps de mon mari pour affronter le froid.
A distance de cet évènement, je me serais demander comment peut-on continuer de rire, de manger, de faire l'amour dans des circonstances semblables.Aujourd'hui, je sais. Je sais que malgré la mort qui tourne autour de nous, la vie reste la plus forte. J'ai mal, j'ai peur, mais je suis vivante.
Aujourd'hui, je sais. Je sais que malgré la mort qui tourne autour de nous, la vie reste la plus forte. J'ai mal, j'ai peur, mais je suis vivante. Aujourd'hui, je sais que l'on ne sait jamais. Que l'on ne peut prévoir d'une journée à l'autre nos émotions, nos réactions. Il faut simplement les prendre unes à unes lorsqu'elles se présentent et les vivre.
Ce matin j'ai vécu la peine, la souffrance et la douleur. L'inquiétude est mon lot, ma toile de fond. Mais malgré tout cet après midi j'ai vécu l'amour. Ce soir, je suis sereine. "
12 ans sont passés. 12 ans qui ont fait de moi, une femme. 12 ans qui ont changé le visage de ma vie de bien des façons. Mes fils ont grandi. Cet amour n’est plus. D’autres sont venus. Mais jamais je n’ai oublié cet après midi que j’avais passé à faire l’amour avec mon mari, alors que ma mère marchait vers la mort. Jamais je n’ai oublié comment moralement j’étais partagée, entre la culpabilité et le désir. Jamais je n’ai oublié que cela a été l’un des instants importants de ma vie. Un instant ou l’on saisi quelque chose au vol. Ce jour là j’ai compris dans ma chair, que l’on porte la mort et la vie en même temps.
Qu’Éros et Thanatos font partie de chacun de nos instants.
Que contre la mort, nous n’avons qu’une arme, l’amour.
Bonne route ma belle.
Jeanne xxx
22:05 Publié dans fragments blancs | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : mort, vie, Éros, Thanatos, accompagnement, amour

