18.01.2009

La grande magicienne

Cher Cassiopée,

 

Voici pour tes six ans une petite histoire inventée de ta Mamie Jeanne …

 

Il était une fois,

 

Un petit garçon qui s’appelait Guillaume. Comme tous les petits garçons du monde, parfois il s’ennuyait. Mais Guillaume avait une arme secrète contre l’ennui. Il adorait se déguiser. Les longs dimanches d’hiver ou quand ses amis ne pouvaient pas venir jouer avec lui, Guillaume se déguisait.

 

Son personnage préféré était le roi Guillaume 1er. Il aimait beaucoup être le roi et ainsi pouvoir s’inventer des tas d’aventures où il était le héros.

 

Ces jours-là Guillaume prenait ses ciseaux, ceux avec un bout rond, mais qui coupaient bien le papier, et il se découpait une couronne. Ensuite il prenait son crayon feutre jaune soleil et la coloriait, car bien sur, tout le monde le sait, les couronnes sont en or.  Guillaume pensait aussi que les rois étaient des personnages sérieux et pour avoir l’air plus sérieux, il découpait de grandes moustaches blanches qu’il se collait sous le nez. Il se regardait dans le miroir et se trouvait beau avec sa couronne et ses moustaches, mais il manquait quelque chose. Bien sur, pensa-t-il, le roi devait avoir un manteau royal. Alors sur la pointe de pieds, il allait dans le grand garde-robe de l’entrée et prenait sans faire de bruit le beau manteau bleu sans manche de papa. Celui qui faisait toujours sourire la maitresse d’école quand papa venait le chercher.

 

Alors, Guillaume l’enfilait et en même temps il enfilait la peau du roi. Tout à coup, il devenait le roi. Il montait sur son grand cheval noir. Il enlignait tous ses toutous sur son lit et ils devenaient ses fidèles compagnons d’armes. Avec eux, il parcourait le monde, en faisant le tour de la maison, plusieurs fois. Le gros poêle à bois ronronnant dans la cuisine devenait un dragon noir qu’il fallait terrasser. Ainsi, le temps passait et Guillaume oubliait l’ennui.

Guillaume1er.jpg

 

Tout à côté de chez Guillaume, vivait une petite fille. Samedi c’était son anniversaire, elle allait avoir 6 ans. Elle s’appelait Cassiopée. Cette petite fille s’ennuyait aussi parfois et elle aussi aimait bien les déguisements. Comme toutes les petites filles de 6 ans, elle aimait beaucoup les princesses. Les jours où elle s’ennuyait un peu, elle se déguisait en princesse, se mettait des colliers et des bracelets, ses poupées sur son lit devenaient, elles aussi, de jolies princesses.  Mais même si elle aimait beaucoup, vraiment beaucoup, les princesses, elle trouvait que parfois, une fois qu’elle s’était faite toute belle pour leur ressembler, coiffé ses cheveux, mis sa plus belle robe et ses bijoux, il ne restait plus grand-chose à faire.

 

Qu’est-ce que cela fait une princesse toute la journée ?  Ça attend le prince charmant en chantant de jolies chansons. Bien sur, les princesses peuvent regarder par la fenêtre et demander : « …Anne ma sœur Anne vois-tu venir quelqu’un ? »

 

Cassiopée pensait que c’est un peu long la vie de princesse à attendre toujours le prince charmant ! Surtout que les princes charmants, ils n’arrivent jamais à l’heure. 

 

Cassiopée s’ennuyait parfois en jouant à la princesse, aussi un après-midi d’hiver tout juste avant sa fête, elle inventa un autre jeu. Elle prit un grand carton rouge et le roula en cornet puis le posa sur sa tête. Elle emprunta une jolie chemise noire dans la chambre de son père et noua les bras autour de son coup. Ça lui faisait une petite cape très amusante. Elle se regarda dans le miroir et se dit qu’elle ressemblait à une grande magicienne ainsi.

Cassiopée_magicienne.jpg

 

C’est ainsi que Cassiopée découvrit qu’il était bien plus agréable de jouer à la magicienne qu’aux princesses qui attendent toujours le prince charmant. Quand elle était la grande magicienne, elle volait un tout petit peu avec sa cape magique. Ces poupées alignées sur le lit, devenaient des princesses qu’elles avaient transformées elle-même en poupée (avec ses potions magiques)  et qui attendraient que nounours le prince daigne bien les embrasser. Mais Cassiopée la grande magicienne, durant ce temps, chevauchait sa grenouille magique pour aller caresser son dragon poêle à bois dans la cuisine. Bien sur, il fallait être prudente, car les dragons, ça peut bruler les doigts.

 

Durant ce temps la journée passait et Cassiopée ne s’ennuyait plus. 

 

Un jour vient le printemps et Cassiopée la grande magicienne tomba nez à nez avec Guillaume 1er le roi du rang où elle habitait.  Elle lui dit de dire à son fils le prince charmant (car les princes sont les fils des rois, on le sait bien) de se dépêcher un peu, car toutes les poupées princesses alignées sur le lit commençaient vraiment à être impatientes et à s’ennuyer beaucoup.  Guillaume 1er lui dit qu’il ferait le message, mais qu’il n’était pas certain d’avoir un fils, il fera faire des recherches dans son château.

 

Cassiopée la magicienne et Guillaume 1er eurent à partir de ce jour beaucoup d’aventures. Parfois ensemble, parfois chacun dans leur château et quand ils se croisaient entre deux chasses aux dragons ou entre deux préparations de potions magiques, ils se racontaient leurs histoires en riant…en riant….en riant….

 

Je t’envoie Guillaume 1er et Cassiopée la magicienne, si parfois tu t’ennuies un long après-midi d’hiver, tu pourras chasser des dragons ou préparer des potions magiques pour aider les princesses qui s’ennuient toutes alignées sur ton lit.

Guillaume1er_Cassiopée.jpg

 

Je t’aime ma petite étoile.

 

Ta Mamie Jeanne xxx

03.12.2008

Lettre à Sancho

arbres.jpgLettre à Sancho

Chemin du moulin

Où que tu sois…

 

 

Adolescente rebelle, je coiffais le bol à salade renversé plus souvent qu'à mon tour. Rossinante sous ma fenêtre emportait mes rêves le dos creusé de tant de poids. J’étais celle avec qui on voulait partir à la guerre. Combien de blessures as-tu pansées Sancho ? Amoureux d’une Don Quichotte que tu ne pouvais approcher que dans tes rêves. Même ces rêves te trahissaient, changeant la princesse en écuyer, les seuls que tu savais aimer.

 

Fidèle ami que j’ai tant martyrisé où es-tu aujourd’hui ?

 

Rappelle toi Sancho, ces nuits blanches que j’allais passer dans tes bras, laissant mari, famille et enfants, pour me faire bercer quelques instants. Mais c’est vers eux que je retournais en armes et armures, ce sont leurs rêves que je défendais,  leur vie que j’imaginais, et surtout, ses nuits, à lui,  que j’inventais. Je le voyais comme un géant.

 

Dona Quichotte faisait la guerre, aux fantômes de l’ennui, à la prison de la routine, à tous les esprits frappeurs de la nuit.  Sancho, souviens toi, comme j’inventais des histoires tristes, ou heureuses et même parfois à faire frémir pour les garder vivants.  Pour lui, c’était la vie et toute femme amoureuse se devait d'en faire autant. De Don Quichotte je redevenais Ginette ou Francine et la banalité faisait son lit dans mon lit.

 

Je remontais à cheval, tu pansais mes peines, ouvrant les tiennes, furieux de me voir blesser par un moulin à vent, tu te taisais. Tu t’es tellement tu, que je ne sais plus où tu es aujourd’hui. Sancho, mon ami…

 

Lasse, épuisée, j’ai continué un temps. Mais le temps de mes rêves était écoulé. Pour ne pas me voir agoniser, je suis partie. Laissant derrière moi Rossinante et les moulins à vent. Les géants n’existaient pas, il n’y avait plus de Dulcinée. Don Quichotte mourait.

 

Ainsi passait le temps. Un jour, une nuit plutôt, du haut d’un gratte-ciel, dominant la ville, j’ai cru. On aurait dit un moulin, avec de grandes ailes. Un instant…juste un..j’ai entendu hennir Rossinante.  Mais les ailes étaient cassées. Quand elles tournaient, elles m’entraînaient avec elles, vers le sol. Nous nous sommes écrasés.

 

Déjà que je t’avais perdu. Que pouvais-je faire Sancho ? Dis moi, que pouvais-je faire sans tes bras amis, sans les yeux de Dulcinée ? J’ai renoncé. Rossinante s’est tu.

 

Et toi Sancho, as-tu trouvé ton ami, as-tu accepté d’aimer celui qui ne pourra jamais être celle ? Je ne sais pas, je ne saurai jamais je crois.

 

On continue à vivre, tu sais Sancho, on n’en meurt pas. Et c’est bien là le drame, sans moulin à vent, sans géant, sans Rossinante, sans Dulcinée et même sans toi, j’ai continué à vivre. Et toi sans moi ...

 

Pourtant, c’est toujours vers toi que je me tourne Sancho, quand s’agite en moi le ressac. Toujours à toi que je raconte, ma tristesse et mes joies. Que la vie nous ait fait femme et homme il faut en rire, qu’elle nous aurait fait femme et femme ou homme et homme et tu serais encore là, à mes côtés. Mais quelle dérision qu’elle nous ait fait maître et valet, toi le confident amoureux de l’inaccessible féminité.

 

Pourtant tu vois, je ne t’ai pas oublié.

 

Sancho, mon ami, où que tu sois, je te sens dans le vent. Si jamais un soir d’hiver tu entendais hennir Rossinante, lève les yeux, fais moi signe, que l’on reprenne nos errances.

 

 

26.11.2008

Quand la beauté ...

Quand la beauté est une lisière, quand c’est un moment entre chien et loup, entre l’ombre et la lumière.

 

Quand la beauté s’inscrit dans la marge de nos pages, quand elle est là si près et si loin à la fois.

 

Quand la beauté c’est l’horizon, cette ligne indéfinie entre ici et ailleurs.

 

Quand la beauté se dessine comme un point de fuite qui ne cesse de reculer.

 

Quand la beauté s’échappe en cascades.

 

Quand elle te bouscule, t’agite, quand tu la suis, la précède, la dépasse.

 

Quand la beauté est sans cesse ici et là à la fois, quand elle te glisse entre les jambes, quand elle s’écoule entre tes doigts.

 

Quand la beauté est un train qui passe et s’éloigne sans toi.

 

Quand la beauté est fragile, quand elle est verte d’eau et transparente, quand elle n’a pas de nom, pas de visage.

 

Quand la beauté est une biche aux abois,  quand elle se glisse dans le silence entre deux notes, quand elle se cache entre toi et moi.

 

Quand la beauté m’échappe, m’écorche, m’enfuit.

 

Quand la beauté me dit, me chuchote, m’embrasse, quand la beauté a un goût entre l’amer et le sucré.

 

Quand la beauté est quelque chose dans l’air, quelque chose dans l’absence, quelque chose dans l’être là, quelque chose dans le silence, alors je suis.  

27.10.2008

Pour ceux qui aiment les livres et qui aiment jouer

 

 

J'ai écrit ce texte composé de titre de livres, suite à l'exercice que proposait Elisanne sur son site http://malcontenta.blog.lemonde.fr/  

 

 

 

Mon cher grand fou

 

Je ne voudrais pas crever d’avoir trop abusé du mercure sur la langue. Je risquerais de devenir un ange cornu aux ailes de tôles. Même si j’ai vécu toute ma vie loin de Chandigarh, je n’ai pas renoncé pour autant au plaisir des voyages. La preuve, les portes tournantes m’ont souvent  mené au Paradis blues en passant par le chemin le moins fréquenté.  Mieux que de fréquenter le planétarium, cette escapade qui constitue une bienheureuse infidélité m’a permis de rencontrer un homme. Il m’a fait cadeau de la peau du tambour qu’il transportait dans son sac à dos.

 

Les grandes marées l’on ramené de l’autre côté de l’océan à moins que ce ne soit de la mer. Mais océan mer, c’est du pareil au même, le froid modifie la trajectoire des poissons. N’étant pas moi même un cerveau d’exception, j’en ai tiré une simplette conclusion : «  Les vrais durs ne dansent pas ».

 

Merci monsieur de votre oreille attentive pour mes désirs et réalités. Je vais de ce pas aux toilettes pour femmes  finir de lire Les amours d’Émily Turner qui me font bien rire.

 

Croyez bien que si vous étiez près de moi je vous tiendrais Extrêmement fort et incroyablement près. Même le maître de jeu a le droit à ses faiblesses.

 

Bises, bisous, baisers

Jeanne

 

Les italiques sont des titres si vous avez envie de placer les auteurs, je vous laisse 24 heures, puis je viendrai demain vous mettre les réponses.

Voici les auteurs  dans le même ordre qu'apparaissent les titres dans le texte ci-dessus.

Gabrielle Roy, Boris Vian, Louis Imbert, Sylvain Trudel, Michel Tremblay, Tarun J.Tejpal, Jacques Savoie, John Saul, Scott Peck, Nathalie Sarraute, Paule Salomon, Philip Roth, Arturo Pérez-Reverte, Jacques Poulin, Alessandro Baricco, Pierre Szalowski, Sylvia Nasar, Norman Mailer, Nancy Huston, Marilyne French, Alison Lurie, Jonathan Safran Foer, Sergio Kokis, Louis Imbert, Georges Sand

16.10.2008

Feeling

Grondement et tonnerre dans ma poitrine.

 

Le cœur se serre et bat en catimini.

 

Un serpent court après sa queue.

 

Une petite boule de feu qui enfle en tournant sur elle-même.

 

La gueule grande ouverte.

 

Des langues de feu se répandent dans mon sang, s’épandent dans mes veines.

 

Il se mord la queue.

 

Les pieds sur la braise se soulèvent.

 

S’enroule sur lui-même.

 

Le cou s’étire cherchant l’espace pour respirer.

 

Les lèvres s’entrouvrent

 

L’âme s’échappe, 

 

Les yeux la suivent.

20.04.2008

Le personnage...

acbf2817ee875d6950fde2f15e254a65.jpgLe personnage a trouvé où faire son entrée dans le roman.  La toile est pratiquement achevée mais un temps de décantation est nécessaire où je me permets de retoucher parfois.

La fin de semaine a été fertile.

La prochaine concernera un lieu. Les toits verts dansent déjà dans ma tête...

19.04.2008

Un univers à naître

Bien sur la période de mijotage n'est pas inutile mais un jour, il faut accoucher.

f91805a88881d9fba1a75505aac0d78e.jpgPour l'année qui vient, mes obligations sociales étant allégées par la fin d'un mandat, je n'ai plus aucune défaite de ne pas mettre au monde ce projet que je berce en mon sein depuis deux ans.

Ne mettre sur toile que cet univers. Ne mettre sur papier que celui ci aussi.

Voici l'un des personnages. Vous l'aurez reconnu, il se nomme Alfonse.

 Mais je ne vous en dis pas plus car dire...épanche ma soif d'expression.

Cette toile est une ébauche qui avancera en même temps que le roman. Celle ci et d'autres...

26.02.2008

Dialogue d'une sourde avec un Jour Mal

Dialogue d’une sourde avec un Jour Mal -  26 février 2008

 

Parfois l’inspiration c’est comme un couleuvre. Il faut rapidement lui attraper la queue avant qu’elle ne s’engouffre dans un trou entre deux Pierre. Jean Anouilh : ‘C’est très joli la vie. Mais cela a un inconvénient, c’est qu’il faut vivre.’ (Extrait d‘Antigone’).  Est ce qu’il y a moyen de faire autrement ? A moins d’économiser sa respiration et encore. Ralentir les battements de son cœur ? Je connais des gens qui ont essayé. Ils sont toujours vivants même changer en statues de sel. Pierre Auguste Renoir (1841-1919) « Mettez-vous ça dans la tête : il n’existe qu’un seul indicateur de la valeur d’un tableau : c’est la salle des ventes. »  Il se serait bien entendu avec Bill Gates non ? J’aime encore croire que la valeur d’une toile est reliée à l’émotion que l’on ressent lorsque nos yeux s'y posent. Mais je sais bien que … Parfois on aime garder nos illusions. Marcel Pagnol (-1974) (Je réitère : « Tout le monde sait que c’est dans la marine qu’il y a le plus de cocus. »  C’est un joli mot français que l’on n’utilise presque pas ici au Québec. Cocu ! Serait-ce qu’il y en a moins ? J’en doute.  J’aime m’interroger sur les mots que l’on utilise ou que l’on n’utilise pas. Cocu…une réalité qui « n’existait pas » dans le Québec de la grande noirceur. Même le mot devait être tabou.  Enfermées dans les bras de notre sainte mère l’Église, les québécoises enceintes à la vie longue n’avaient pas beaucoup d’occasions. Mais parions que … ‘Si le minaret s’écroule, on pend le barbier.’ (Proverbe arabe) Celle là je l’adore ! Ne serions-nous pas mieux de donner l’architecte en pâture aux crocodiles! Dicton chinois : ‘La boue se durcit au feu, l’or s’y amollit.’  De l’Arabie à la Chine, c’est vrai que la boue en Arabie a tendance à s’enflammer !  L’histoire de l’or est fascinante. Du symbole à la monnaie l’or est partout dans nos vie sans même que nous en soyons conscients dans l’ici maintenant. Changer le plomb en or… les couleurs en toiles, les mots en histoires, le jeu en caresses…Alchimie…

  Jean Anouilh, extrait de ‘La répétition‘ : ‘Le monde est plein de midinettes prêtes à adorer les princes quels qu’ils soient.’ … Les princes ne m’intéressent que s’ils ont de l’esprit. J’aime ce mot …midinettes …jeunes filles frivoles de la ville d’une certaine naïveté. En plein midi de la vie, comme une fille de joie. On entend un rire non ? Sonore, clair, il monte vers le soleil.  La légèreté associée aux femmes est toujours péjorative. Pourtant…plus je vieillis, plus je m’éloigne du midi, plus je réfléchis et plus je comprends, je sens l’importance de la légèreté. ... ‘Les hommes, c’est comme les chiens, ça mord parce que ça a peur.’ (Extrait de ‘Le directeur de l’Opéra’ de Jean Anouilh) La simplicité de l’âme humaine en fait sa grande complexité. L’amour et la peur.  Oui une phrase sans verbe avec un point. L’amour et la peur. L’amour et la peur à égalité, l’un et l’autre pouvant nous transformer, faire de nous plus grand que soi ou plus petit. L’élément fascinant est la capacité à se maquiller de ces deux éléments. La peur qui prend la forme de l’amour, l’amour qui prend la forme de la peur. Les centaines de visages de l’amour et de la peur, comme si dans un kaléidoscope on mettait des pièces de peur et des pièces d’amour. Tourne, tourne, on y verra tour à tour, apparaître colère, joie, peine, jalousie, altruisme, égoïsme, envie, désir….et j’en passe car je n’ai pas fini de jouer avec le mien. «Vous êtes pas tannés de mourir, bande de caves. C’est assez!»  Peloquin. Est-ce ici que la couleuvre se mord la queue ? Ne disait-on pas au début de ce texte que « vivre est un inconvénient » !

 

On pourrait appeler ce jeu "Attraper la citation par les épaules et l'embrasser". Quel sera le jeu numéro 2 ? Karl Jaspers (-1969): ‘L’homme ne prend conscience de son être que dans les situations limites.’ (extrait de son ‘Autobiographie philosophique’). ...

 

Note aux lecteurs de ce blog :  Mon ami virtuel  Pierre Gauvin-Evrard dont vous trouverez l'adresse dans la liste de gauche,  écrit ce qu'il appelle un Jour Mal  (vous pouvez le lire sur son site) Je trouve ses textes très éclectiques et très inspirants. Comme la vie l'a placé sur mon chemin, j'ai décidé de ne pas laisser passer l'inspiration et de me saisir de ce qui m'inspire pour le pervertir (le texte, pas l'ami) . Le jeu ci-dessus a consisté à prendre toutes les citations de son dernier Jour Mal et à les maltraiter à ma façon.  Pour le plaisir....

09.02.2008

La nuit des 59 lunes

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 Crédit photo :  Pierre Gauvin-Évrard, Montréal le 14 mars 2007. Merci Pierre.  Vous pouvez vous emplir les yeux de ses photos  sur son site :  http://gauvin-evrard.com 



podcast

La nuit des 59 lunes

Les grands arbres du parc des Braves brillent sous le givre ce matin. Le ciel derrière les branches nues est rose et bleu; c’est un autre matin du monde. J’aime les Ave Maria, le café corsé et la solitude le matin.

Quand je laisse ma pensée en liberté, elle se faufile au travers les notes de musique et je ne sais jamais sur laquelle elle ira se percher. Ce matin, elle s’est posée sur ton épaule.

Je te revois comme si le temps n’existait pas. Mais peut être qu’il n’existe pas. Un soir de brume, une ville inconnue, une femme au centre de sa vie qui marche à la rencontre d’un homme. Qui marche à la rencontre d’une rencontre.

Je peux encore sentir ce parfum particulier de la ville prisonnière de l’humidité. Je n’ai qu’à baisser les paupières pour voir la lumière  des néons déformés. J’y suis.

Je marchais le cœur serré de peur de me perdre et de manquer le rendez vous. Je marchais le cœur léger du plaisir anticipé de mettre de la chair autour de ta voix.

Les rues étaient désertes. Il était pourtant tôt. Les gens avaient probablement choisis de rester chez eux bien au chaud. L’humidité traversait les vêtements. C’était un soir lugubre, un soir de loup garou, un soir de sorcière, un soir de joie, un soir de bonheur, ce soir là, comme si la vie s’était concertée pour en faire une pierre blanche, un univers modifié.

Ave Maria, café doux amer sur la langue, je suis l’oiseau de mer qui revient du large. Il se pose sur la feuille et ébroue son plumage.

Je me souviens d’un pas, sonore et étrangement solitaire, derrière moi. Retenir mon souffle comme toutes les femmes de la terre qui marche dans la nuit. Trouver un subterfuge pour détourner la tête et s’assurer de sa sécurité. Je l’ai laissé passer. Puis … je l’ai vraiment regardé.

Manifestement il était sur son chemin. Un pas tranquille dans un monde familier, un pas assuré qui le menait là où il devait.

Je ressens encore le battement manqué de mon cœur quand j’ai compris. Cet homme concentré, cet homme déjà arrivé dans ses pensées au lieu de la rencontre, c’était toi !

C’est le silence qui me fit prendre conscience que j’étais immobile. Là, sur le trottoir, sous les lunes multiples des réverbères dans la brume, je t’avais laissé passer. Tu étais là, tout juste à portée de mes doigts. Je n’aurais eu qu’à tendre la main, qu’à saisir le moment, qu’à, qu’à, qu’à …

Encore une fois mon amour je t’avais manqué. Dieu puisse me le pardonner.

 

Jeanne

20.01.2008

Correspondance

1996 Internet est entrée dans ma vie. 12 ans déjà ! Depuis ce temps, j'ai maintenu régulièrement des correspondances avec des hommes et des femmes. Qu'ils, elles, habitent loin ou près de chez moi, ces correspondances nous ont permis de se rencontrer sous un visage différent.

De coeur à coeur avec un inconnu ou avec des amis, amies déjà présents dans ma vie, ces échanges m'ont permis de joindre l'amour des humains à l'amour des mots. Ces correspondances m'ont obligée à structurer pensées, idées. Elles m'ont parfois obligée à déposer ma plume et à réfléchir quelques jours avant de répondre.

Aucune de ces correspondances n'a été autre chose qu'un plaisir partagée. Pas d'obligation, pas de restriction, pas de zones interdites, juste le bonheur d'échanger, de se questionner, de se retrouver sous une autre forme face à face avec l'AUTRE.

Ces correspondances sont nées, elles sont mortes, elles ont duré ce qu'elles avaient à vivre et m'ont apporté joies et plaisir du partage.

Ces rencontres fortuites ou recherchées, ces échanges me manquent ...avis aux intéressés, intéressées.......

 

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