29.11.2008

La tour

L'attente n'est elle pas une partie de l'amour ?  Elle a si mauvaise presse dans notre présent instantanné. Et pourtant ...

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La tour

 

La brume s’élevait doucement, laissant entrer la mer et le ciel l’espace d’un soupir. L’ambiance donnait une âme aux rochers qui apparaissaient, tels des géants figés par le temps. J’avais laissé la mienne dans l’un des cimetières qui bordait la côte. Le diable pouvait attendre.

 

Les filles dormaient paisiblement, leurs cheveux d’or épandus sur les oreilles blancs qui tenaient lieu de nuages au ciel de leurs rêves. Comme chaque soir j’avais grimpé l’escalier de la tour sur la pointe des pieds.

 

Le vent glacé cinglait mon visage, je regardais le large. Je t’attendais. Les paupières ouvertes, les yeux tournés vers l’intérieur de mon cœur, j’attendais.

 

Combien de mois, combien d’années avais-je pris pour apprivoiser l’attente ? A l’aube de mes quarante ans, elle était toujours ma pire ennemie, ma meilleure alliée. Elle laissait dans ma vie des plages immenses de sable blanc où je dessinais ton visage, sans cesse effacé par les marées. Elle me laissait le cœur battant, palpitant de craintes et d’espoirs de plaisirs anticipés.

 

Combien de fois t’avais-je imaginé terrasser par la tempête ? Combien d’images de mâts flottants, de voiles déchirées étaient-elles nées dans ma tête ?

 

Le souffle suspendu, je voyais apparaître tes mats fiers, dressés et mon ventre se crispait de ta présence, de ce sourire que tu allais m’adresser. Tu avançais sous les rayons chauds des lunes d’été et je ne me lassais pas de ta démarche tanguante, comme si sous tes pas,  le sol continuait de valser. Tes mains se posaient sur mes épaules et j’oubliais. J’oubliais l’attente, les gestes quotidiens  accomplis comme dans l’absence de ce que  je savais être ma brise. Ton vent soufflait dans mes voiles. Mon corps retrouvait sa vie. Tous les gestes inventés, toutes les caresses imaginées dans l’espace de l’attente devenaient réalité.

 

Le vent hurlait des mots insensés, de ceux trop longtemps retenus, des mots inutiles que nos mains savaient si bien remplacer.

 

Ce soir, il me reste le souvenir de ces attentes douleurs et plaisirs. Le souvenir de ces plaisirs défendus que nous cachions derrière la banalité de nos vies réglées par les horloges des autres.

 

La brume disparue laissait l’horizon dénudé. Je tournai le dos à la mer, barrant la porte derrière moi pour la dernière fois. Je glissai mon âme à l’étage laissant mon cœur prisonnier de la tour. Les filles dormaient. J’avais perdu mon attente. Tu ne reviendrais plus.

 

Dans quelques cimetières, les yeux balayant la mer, le diable m’attendait…

 

28.11.2008

L'aube

0089.jpgIl y a dix ans j'écrivais le texte qui suit. Ce matin je le relis avec le recul du temps. Je me suis donnée du temps.  J'ai vieillis de 10 ans et pourtant tout est moins urgent dans ma vie qu'à cette époque. Mon travail ne mange plus ma vie, il est devenu source d'équilibre.  Je lis ce texte et je le vois comme la ligne de départ d'un long chemin. Chemin de traverse oui, mais aussi chemin de tendresse. Pour moi ...et pour les autres... Une chose reste encore et toujours : mon refuge est en moi et je suis reconnaissante de chaque aube.

Le jour se lève à peine et moi aussi. L’aube rougeoie de tous ses feux dans l’horizon restreint de ma fenêtre de chambre. L’horizon si loin et si proche, l ’horizon rêve des hommes. Ils étaient là ces marins à regarder l’horizon, ils rêvaient de le toucher, d’aller plus loin. L’aube porteuse du rêve des hommes. L’aube porteuse de promesses.

 

Une simple ligne, là-bas, au-dessus des lumières de la ville qui scintillent encore à cette heure matinale.  Elle prend le brun de la terre, le transforme en ocre puis en rouge. Elle s’adoucit quand comme moi, elle touche le ciel. Le rouge devient orange puis jaune puis presque blanc afin de ne pas blesser le bleu qui se lève.

 

L’aube me touche. C’est le miracle renouvelé de la vie qui s’éveille. C’est le temps précieux qui passe. Elle est brève, laissant comme une maîtresse trop pressée, sa place vide au creux du lit de la journée. Le temps qui passe....qui me manque cruellement, le temps de lire, le temps de rire, le temps de penser, celui d’aimer. Le temps de conjuguer la vie au présent, d’oublier le passé, d’espérer l’avenir me manque. Je n’ai que celui de travailler. Les quelques minutes que je passe devant mon écran le  matin sont teintées de culpabilité.

Je me suis donnée le temps d’une aube pour écrire. J’ai abrégé mon sommeil de quelques minutes, comme je le fais parfois quand l’amour m’ouvre ses bras un matin de tendresse.

 

On a tous besoin d’un refuge, d’un endroit où doucement on s’assoit. Il est là, à l’intérieur de soi, dans ce que l’on est. Je n’ai plus de maison, je n’ai plus de temps à moi, je n’ai plus mes livres autour de moi, je n’ai plus ma musique qui m’enveloppait dans ses bras puissants et rassurants.  Mais je m'aie, moi. Mon refuge c’est l’autre, celui qui me reçoit dans ce que je suis. Mon refuge est devenu ces  petits instants d’éternité passé à parler à voix basse avec un ami, ces instants passé à rire, ces instants volés au travail pour écrire.

 

Cet instant passé à regarder l’aube qui promet une journée magnifique, même si je sais que je ne la verrai pas, que je ne la respirerai pas.  Mon horizon à moi, c’est le temps, le temps  de vivre.

 

L’aube s’éclaircit, la vie reprend ses droits, aujourd’hui encore le soleil aura la générosité de briller pour les hommes indifférents.  Trop souvent, nous avons ce rapport avec la vie que les couples ont entre eux. Elle est là devant nous, il est là tout près, nous ne le voyons plus. Sa beauté nous laisse indifférents et nous oublions qu’il est miracle que l’amour existe. Miracle cette main sur ma joue, miracle ces lèvres dans mon cou, miracle ses instants partagés. Nous oublions.

 

Oublier que rien ne nous est dû, que chaque geste, chaque parole, chaque instant est un cadeau précieux, que chaque matin est un miracle renouvelé. Miracle ce soleil qui se lève chaque matin indifférent aux chagrins et aux joies des hommes qui ne le regardent pas.

 

Je suis si petite devant l’aube, que puis-je dire d’autre que merci.

 

27.11.2008

Le pays de l'enfance

Dans le pays de l’enfance je marchais heureuse. La tête dans les nuages, je montais l’escalier deux marches à la fois, en riant des peurs que je me racontais. En frissonnant aussi quand je parvenais à vraiment y croire. Il était là, caché sous le balcon se monstre qui allait attraper mes chevilles. Que ferait-il de moi, une fois capturée, je ne l’ai jamais su, j’étais bien trop légère pour qu’il m’attrape.

Dans le voyage de la vie j’ai choisi l’itinéraire sans retour de l’amour. J’ai connu des pays exotiques qui m’éblouissaient. Leurs façades, leurs parfums, leurs rituels, tout m’était inconnu, nouveau, exaltant. Puis je m’y sentais seule sans écho pour ma voix de basse dans leurs chorales de soprano. J’ai connu des pays qui traçaient leurs rues en ordre alphabétique comme les miens. Tout à coup je m’y retrouvais. Je regardais leurs différences et comptabilisait leurs ressemblances. Un débit, un crédit et la liste s’allongeait. Puis je m’y sentais perdante, ou exploitante. Bien du temps il m’a prit, bien du temps pour comprendre, bien des pas, bien des mots, bien des pensées.

Mon pays est le mien, il est dans ma voix, dans mes yeux, dans ma peau. Il est mon cœur, mes pensées, mon âme. Que j’en ouvre les frontières aux visiteurs exaltés, que j’en ouvre les frontières aux sans abris, que j’en ouvre les frontières sans me sentir menacée. Quand parfois j’y arrive, quand l’autre se fait petit mais grand, quand j’accepte qu’il me voie tel que je suis avec mes façades qui ont traversé le temps. Si je baisse les bras, je montre mes murs, je montre mes fissures, si je me montre tel que je suis, vulnérable et forte. Quand j’arrive à être ainsi, je sais que je suis chez moi, dans mon pays.

26.11.2008

Quand la beauté ...

Quand la beauté est une lisière, quand c’est un moment entre chien et loup, entre l’ombre et la lumière.

 

Quand la beauté s’inscrit dans la marge de nos pages, quand elle est là si près et si loin à la fois.

 

Quand la beauté c’est l’horizon, cette ligne indéfinie entre ici et ailleurs.

 

Quand la beauté se dessine comme un point de fuite qui ne cesse de reculer.

 

Quand la beauté s’échappe en cascades.

 

Quand elle te bouscule, t’agite, quand tu la suis, la précède, la dépasse.

 

Quand la beauté est sans cesse ici et là à la fois, quand elle te glisse entre les jambes, quand elle s’écoule entre tes doigts.

 

Quand la beauté est un train qui passe et s’éloigne sans toi.

 

Quand la beauté est fragile, quand elle est verte d’eau et transparente, quand elle n’a pas de nom, pas de visage.

 

Quand la beauté est une biche aux abois,  quand elle se glisse dans le silence entre deux notes, quand elle se cache entre toi et moi.

 

Quand la beauté m’échappe, m’écorche, m’enfuit.

 

Quand la beauté me dit, me chuchote, m’embrasse, quand la beauté a un goût entre l’amer et le sucré.

 

Quand la beauté est quelque chose dans l’air, quelque chose dans l’absence, quelque chose dans l’être là, quelque chose dans le silence, alors je suis.  

03.11.2008

Demande spéciale - des mains et des photos

Des mains et des photos … Je voudrais 20 photos de mains. Des mains de femmes ou d’hommes, des mains arrêtées ou en mouvement, des mains simplement. Je veux vraiment que le sujet de votre photo soit des mains et que la photo vous appartienne, que vous ou l’un de vos proches l’ait prise. Des photos en couleur, en noir et blanc, retouchées ou pas du tout. Pourquoi des photos de mains ? Pour écrire …des nouvelles qu’elles m’inspireront.

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