28.11.2008
L'aube
Il y a dix ans j'écrivais le texte qui suit. Ce matin je le relis avec le recul du temps. Je me suis donnée du temps. J'ai vieillis de 10 ans et pourtant tout est moins urgent dans ma vie qu'à cette époque. Mon travail ne mange plus ma vie, il est devenu source d'équilibre. Je lis ce texte et je le vois comme la ligne de départ d'un long chemin. Chemin de traverse oui, mais aussi chemin de tendresse. Pour moi ...et pour les autres... Une chose reste encore et toujours : mon refuge est en moi et je suis reconnaissante de chaque aube.
Le jour se lève à peine et moi aussi. L’aube rougeoie de tous ses feux dans l’horizon restreint de ma fenêtre de chambre. L’horizon si loin et si proche, l ’horizon rêve des hommes. Ils étaient là ces marins à regarder l’horizon, ils rêvaient de le toucher, d’aller plus loin. L’aube porteuse du rêve des hommes. L’aube porteuse de promesses.
Une simple ligne, là-bas, au-dessus des lumières de la ville qui scintillent encore à cette heure matinale. Elle prend le brun de la terre, le transforme en ocre puis en rouge. Elle s’adoucit quand comme moi, elle touche le ciel. Le rouge devient orange puis jaune puis presque blanc afin de ne pas blesser le bleu qui se lève.
L’aube me touche. C’est le miracle renouvelé de la vie qui s’éveille. C’est le temps précieux qui passe. Elle est brève, laissant comme une maîtresse trop pressée, sa place vide au creux du lit de la journée. Le temps qui passe....qui me manque cruellement, le temps de lire, le temps de rire, le temps de penser, celui d’aimer. Le temps de conjuguer la vie au présent, d’oublier le passé, d’espérer l’avenir me manque. Je n’ai que celui de travailler. Les quelques minutes que je passe devant mon écran le matin sont teintées de culpabilité.
Je me suis donnée le temps d’une aube pour écrire. J’ai abrégé mon sommeil de quelques minutes, comme je le fais parfois quand l’amour m’ouvre ses bras un matin de tendresse.
On a tous besoin d’un refuge, d’un endroit où doucement on s’assoit. Il est là, à l’intérieur de soi, dans ce que l’on est. Je n’ai plus de maison, je n’ai plus de temps à moi, je n’ai plus mes livres autour de moi, je n’ai plus ma musique qui m’enveloppait dans ses bras puissants et rassurants. Mais je m'aie, moi. Mon refuge c’est l’autre, celui qui me reçoit dans ce que je suis. Mon refuge est devenu ces petits instants d’éternité passé à parler à voix basse avec un ami, ces instants passé à rire, ces instants volés au travail pour écrire.
Cet instant passé à regarder l’aube qui promet une journée magnifique, même si je sais que je ne la verrai pas, que je ne la respirerai pas. Mon horizon à moi, c’est le temps, le temps de vivre.
L’aube s’éclaircit, la vie reprend ses droits, aujourd’hui encore le soleil aura la générosité de briller pour les hommes indifférents. Trop souvent, nous avons ce rapport avec la vie que les couples ont entre eux. Elle est là devant nous, il est là tout près, nous ne le voyons plus. Sa beauté nous laisse indifférents et nous oublions qu’il est miracle que l’amour existe. Miracle cette main sur ma joue, miracle ces lèvres dans mon cou, miracle ses instants partagés. Nous oublions.
Oublier que rien ne nous est dû, que chaque geste, chaque parole, chaque instant est un cadeau précieux, que chaque matin est un miracle renouvelé. Miracle ce soleil qui se lève chaque matin indifférent aux chagrins et aux joies des hommes qui ne le regardent pas.
Je suis si petite devant l’aube, que puis-je dire d’autre que merci.
09:29 Publié dans Blog | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : refuge, matin, travail, aube, lumière, espoir, reconnaissance


Commentaires
Joyeux Week-End!!!
Très joli texte!
Ecrit par : jenta3 | 29.11.2008
Sublimes "L'aube" "Le pays de l'enfance" et "Quand la beauté". Il a fallu que LotusCactus m'explique que les femmes écrivent avec leurs sensibilités, voire leur tripe alors que moi, je rédige avec ma tête, qui fonctionne non seulement en quadrature du cercle mais aussi en cubité de la sphère. Sur les thèmes de l'aube, du temps, de l'oubli, des peurs de l'enfance, de la beauté, les fissures, les façades, le refuge et l'exaltation, tels que vous les dites, je vais finir par croire que nous nous ressemblons.
Ecrit par : lycorn l'africain | 29.11.2008
Bienvenu chez moi Jenta et merci de votre visite. Ne croyez pas Lycorn que les hommes et les femmes soient si différents. Ils sont en fait très semblables ...ils expriment simplement différemment mais souvent ressentent les mêmes émotions devant la vie
Bises d'Amérique
Jeanne
Ecrit par : jeanne | 29.11.2008
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