31.10.2005
Fragments bleus - 1
Bouquet de fragments bleus
« Les histoires personnelles, outre qu’elles se passent, disent-elles aussi quelque chose ? Malgré tout mon scepticisme, il m’est resté un peu de superstition irrationnelle, telle cette curieuse conviction que tout évènement qui m’advient comporte en plus un sens, qu’il signifie quelque chose; que par sa propre aventure la vie nous parle, nous révèle graduellement un secret, qu’elle s’offre comme un rébus à déchiffrer, que les histoires que nous vivons forment en même temps un une mythologie de notre vie et que cette mythologie détient la clé de la vérité et du mystère. Est-ce une illusion ? C’est possible, c’est même vraisemblable, mais je ne peux réprimer ce besoin de continuellement déchiffrer ma propre vie. »
Milan Kundera, La plaisanterie, p.247
Je n’ai pas l’habitude de marcher sur les sentiers battus. Encore moins de replacer mes pieds dans mes pas. Je vis dans le présent, dans le chemin plutôt que dans le but, dans l’instant de ma respiration. De plus en plus…
Pourtant je m’apprête à faire ce que je n’ai jamais fait, écrire une histoire qui n’est pas une fiction mais bien ce que mon esprit a fait de notre histoire. Tu n’es plus là pour mettre ton regard sur la page, mais j’ose penser que de t’en être allé me laisse toutes les permissions. C’est maintenant mon histoire ou les fragments de bleus qu’il me reste.
L’été 2004 a été un été de joies du moins dans ma mémoire. Un espace de liberté, de soleil, de plaisirs d’être bien avec moi-même. Les vacances ont été agréables. Du camping en solo aux plaisirs partagés avec des amis tendres, chacune de ces semaines fut un monde en soi. Rire et danser au festival d’été avec René, partir avec Paul en thalassothérapie au bord du fleuve, le vin, la nourriture abondante et raffinée, le plaisir des corps que l’on laisse soigner et qui du même coup profitent de la présence de l’autre sans attente autre que le partage. Du soleil, du plaisir, des rires, et cet espace à combler qui reste là sans trop hurler, se contentant du moment présent. Puis le camping en solitaire au Bic. Les longues marches au bord du fleuve, les soirées devant le feu de camp avec un verre de vin, une chandelle et un livre, du silence, du bonheur, du vent sur la peau.
Septembre.
C’est comblé du soleil de l’été que j’y suis entrée. La peau bronzée, le rire facile, la robe légère tatouée dans la peau. C’est dans cet état d’esprit que je me suis assise devant le musée pour l’attendre.
Un peu plus d’un an plus tard, c’est un peu douloureux d’ouvrir à nouveau ton premier courriel. Comme si au centre de mon cœur, là entre mes deux poumons, il y avait un espace vide. Je les aie tous gardés, contrairement à mes habitudes. C’est étrange de trouver ses mots si vivants en sachant que tu es mort.
Difficile aussi de voir dans le premier courriel, le premier mensonge. Mais doit on dire mensonge ? Disons plutôt omission. Il est en post scriptum, détaché du texte, comme pour ne pas que je le manque. « Je n’ai pas de «bugs » avec mon ex, mon travail ou moi-même ». Pourtant, tu étais en pleine remise en question, dans le cœur d’une tempête qui touchait surtout ta vie professionnelle. Mais évidemment je ne pouvais pas le savoir.
Cinq courriels, échangés avant la rencontre, et ce thème de la chasse, des biches, des territoires, du grand méchant loup, très présent. Encore aujourd’hui je me demande comment la perception des symboles peut nous aider, dès les premiers moments d’une relation.
Je n’ai jamais été du genre à craindre la forêt. Mon père m’y amenait toute petite, et même la nuit, il m’assurait que j’y étais en sécurité. Les méchants loups ne sont pour moi qu’une meute dont je fais partie.
...suite épisode 2
18:05 Publié dans Fragments bleus | Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note | Tags : Littérature


Commentaires
un essai pour les commentaires
Ecrit par : Janie | 23.11.2005
Maudite mémoire!
C'est-un sujet sur lequel je médite toujours. Au point de me demander parfois jusqu'à quel point on peut réellement appréhender quelque chose qui s'appellerait la réalité.
Toute biographie (ou autobiographie) est une oeuvre de fiction. C'est Mme Janie qui m'a suggéré ton blog.
D'ailleurs si ma mémoire ne me trahit pas, c'est le thème sous-jacent de mon dernier blog.
Je suis sûre que ma vie est une illusion. Mon père n'a pas été assassiné, je suis une grande chanteuse connue internationale, je suis mariée avec Brad Pitt et j'ai même réussi à le convaincre d'utilser une nouvelle technique mise au point. Alors, c'est lui qui portée nos trois enfants, rien que des filles...
Al Pacino est mon amant. Pour l'expérience, le génie et le talent.
Anne-Marie
Ecrit par : Anne-Marie | 09.12.2005
j'ai des frissons partout... il faudra que je revienne le relire plus posément... je lis la suite et je te dirai a tête reposée mes impressions
Merci jeanne
Ecrit par : bullet | 20.09.2006
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